Journal

Entretiens avec Philippe Gerbaud et Christophe Jacquet dit Toffe — Paris / Octon, novembre 2024—novembre 2025

Paris, France

Entre novembre 2024 et novembre 2025, Léonore Conte et Caroll Maréchal ont mené plusieurs entretiens avec Christophe Jacquet, dit Toffe, et Philippe Gerbaud, dans leurs ateliers respectifs.

Philippe Gerbaud (1955-) et Christophe Jacquet dit Toffe (1955-) travaillent ensemble dès la fin des années 1970 pendant leurs études à l’École nationale supérieure des Beaux-arts de Paris. Leur collaboration s’affirme pleinement en 1983 lorsqu’ils entrent en contact avec Jacques-François Marchandise, écrivain (aujourd’hui chercheur et professeur de prospective à l’université Gustave-Eiffel, de Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), spécialiste des enjeux sociaux et environnementaux du numérique), puis Marylène Delbourg-Delphis directrice du Studio A.C.I (Analyses, Conseils, Informations) qui travaille à cette époque avec la marque Apple sur l’édition de logiciels. L’ordinateur Apple Lisa (Local Integrated Software Architecture) leur est fourni en échange d’un travail d’expérimentation visant à démontrer les potentialités créatives des programmes en cours de développement. Leurs premiers dessins numériques sont exposés à l’automne 1983 dans le cadre de l’exposition « Electra » au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Dans la foulée, ils rencontrent Jean-Louis Gassé, représentant d’Apple en France, qui leur prête, avant sa sortie officielle en France en janvier 1984, le premier ordinateur personnel Macintosh 128K américain équipé d’un lecteur de disquettes, d’une souris et d’une imprimante (ImageWriter). À deux, ils se partagent l’outil numérique, mélangent leurs univers visuels — respectivement influencés par l’art et par la bande dessinée — et testent les limites physiques et techniques des premiers outils WYSIWYG tels que Macpaint et Macwrite dans des projets aux échelles variables – dessins, motifs sur tissus, affiches, installations… 

Dans leur ensemble, leurs premières explorations à l’aide de l’ordinateur, réalisées individuellement et collectivement, que Pierre Milville qualifiera de « fragments pré-magdaléniens » témoignent de la richesse des transformations perçues par le milieu de l’art et du design graphique avec l’ordinateur. À la suite de ces travaux, si Philippe Gerbaud développe de son côté une dense activité illustrative, Toffe, quant à lui, s’ouvre aux commandes de design graphique qu’il continuera de lier à sa pratique artistique.